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"Réduit de Quélern" (Roscanvel) - 1854

L´ouvrage situé au sommet du plateau de Quélern à 50 m au-dessus du niveau de la mer affecte la forme d´un rectangle bastionné dont Vauban avait dressé le plan dès 1694 (quoique ce dernier fût de forme carrée et l´entrée au nord). Il est resté inachevé à l´exception du front sud qui avait été intégré au retranchement vaubanien. Programmé en 1847, le réduit, d´une capacité de 621 soldats, a été finalement construit de 1852 à 1856 sur des plans s´approchant de ceux des redoutes-modèles mis en oeuvre à Houat et Hoëdic. Le pied de l´escarpe a été directement fondé sur le massif rocheux.

Après avoir traversé successivement le glacis, le chemin couvert, la place d´armes et franchi le fossé sec, on pénètre dans le réduit par la porte monumentale (à pont-levis "à la Poncelet") datée de 1854. De part et d´autre du passage voûté se trouvent deux corps de garde. Face à l´entrée se dresse la caserne Mesmond casematée à deux niveaux habitables (rez-de-chaussée et sous-sol) et dans la cour au sud un magasin à poudre d´une capacité de 45 t daté de 1853 (un second magasin à poudre dit, "de la gauche des lignes", construit en 1857, est visible à l´extérieur de l´enceinte militaire entre le réduit et la caserne Sourdis). Au sommet de l´escarpe, un important rempart de terre de 3 m d´épaisseur protège l´intérieur de la cour tout en permettant l´accès à la banquette de tir et au chemin de ronde protégé par le parapet. En 1870, 58 pièces d´artillerie dont 8 mortiers composent l´armement du réduit et des lignes de Quélern. Une partie de cet armement était destinée à être disposée sur les terre-pleins intérieurs des deux bastions sud accessibles par une poterne ; des embrasures sont également visibles dans le parapet au nord (entourées de créneaux de fusillade de type archère). Un magasin à poudre enterré modèle 1874 - aujourd’hui détruit - est également bâti vers 1879. Deux batteries de côte aménagées dans la décennie 1880 (chronogramme 1883-1884) complètent le dispositif à l´extérieur du fort : il s´agit de la batterie de la droite des lignes de Quélern (canons de 24 cm de calibre) et de la batterie de Tremet (canons de 19 cm puis 24 cm à tir rapide) accompagnées chacune de leur batterie annexe (4 canons de 95 mm).

Des communards ont été internés au réduit de Roscanvel, sur l´île Trébéron et dans des pontons flottants mouillés en rade de Brest dès juin 1871. Élisée Reclus y fera un bref séjour : "la besogne de l´interrogatoire avance un peu ; sur mille captifs que nous sommes à Quélern, plus de deux cents ont subi leur examen ; un seul a été libéré, par ordonnance de non-lieu, je suppose". Parmi eux se trouvent également des hommes et femmes qui ont participé aux insurrections de 1870-1871 en Algérie.

Dépôt de munitions et de matériels pour les Allemands, l´ancien réduit codé C 1 était défendu par une batterie antiaérienne composée de quatre canons de 75 mm en remplacement de celle que les Français avaient sabotée en juin 1940. Les fortifications de Quélern intégrées dans le dispositif défensif allemand sont numérotées de C 36 (à l´est) à C 39 (à l´ouest) ; on y compte deux casemates bétonnées (dont une de type 671 défendant l´anse de Camaret) et une quarantaine d´emplacements de mitrailleuse. L´ensemble de la position a été fortement bombardé par l´aviation alliée le 3 septembre 1944 : un déluge de feu s´abat sur la fortification et le casernement est touché de plein fouet. La porte de Camaret et la poterne est, dite porte de Crozon, sont également détruites. Les lignes de Quélern tenues par des troupes de parachutistes allemands tombent finalement le 19 septembre et le General der Fallschirmtruppe Ramcke, commandant de la Festung Brest, réfugié dans le magasin à poudre sous roc de la batterie des Capucins, se rend aux troupes américaines.

Entre 1964 et 1986, le réduit et les lignes toutes proches sont utilisés comme terrains d´entraînement par les soldats du Centre d´entraînement commandos de Quélern. De cette période subsistent encore quatre engins blindés de reconnaissance Panhard équipés de canon de 90 mm ; un cinquième blindé est visible à proximité de la batterie haute de Robert. Aujourd’hui, le réduit de Quélern abrite le Centre parachutiste entraînement opérations maritimes, qui est le service Action de la direction générale de la Sécurité extérieure. L´accès au réduit, aux lignes et à la caserne Sourdis est donc interdit".

(Guillaume Lécuillier, 2009 in Les Fortifications de la rade de Brest : défense d'une ville-arsenal, 2011).

# Fort Quélern - Presqu’île de Crozon
Tag(s) : #Finistère
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