Les pontons : ce terme anodin désignait, au XIXe siècle, des navires désaffectés hébergeant des détenus avant leur déportation.
Par Benoît Quinquis
En août 1848, deux mois après l’insurrection du 21 juin, le préfet maritime Leblanc, apprenant l’arrivée prochaine à Brest de 1 200 insurgés prisonniers, fit mettre en état deux frégates, la Guerrière et la Didon, chacune pouvant héberger 600 détenus couchés dans des hamacs.
La place venant assez vite à manquer, la Belle-Poule et l’Uranie servirent de renfort.
Mort de 19 insurgés
Chaque “ponton” fut placé sous le commandement d’un lieutenant de vaisseau et la surveillance de 25 hommes de garde. Le 23 août, les détenus de la Guerrière réclamèrent une augmentation de la ration journalière : le préfet leur opposa qu’elle était déjà supérieure à celle des marins casernés à terre ! Il leur accorda toutefois des légumes secs puis, pour faire face au froid et au nombre grandissant de malades, une blouse bleue et une paire de chaussons de laine à chacun.
19 insurgés moururent à Brest. Les autres furent pour la plupart envoyés en Algérie.
« Heure de gloire »
Mais les pontons brestois connurent vraiment leur “heure de gloire” après la Commune de Paris : début mai 1871, le préfet maritime Reynaud fit mettre en place la bagatelle de onze navires pouvant accueillir de 1 000 à 1 200 détenus chacun et dotés d’équipages complets.
12 000 prisonniers furent conduits vers Brest et répartis, à l’issue d’un pénible voyage, au fort de Quélern (Roscanvel) ou sur les pontons.
Témoignages d’époque
Selon Lissagaray (1838-1901) :
Les prisonniers, parqués dans des cages faites de madriers et de barreaux de fer, disposées à droite et à gauche des batteries, ne recevaient un filet de lumière que des sabords cloués. Nulle ventilation.
(Jean-André Faucher (1921-1999) décrit les choses ainsi :
Les sentinelles se promènent dans les allées, entre les cages, avec l’ordre de tirer sur tous ceux qui se plaignent. Les prisonniers ne reçoivent jamais ni vin, ni tabac. Le biscuit, le pain et les haricots sont leur seule nourriture.
Un système d’exception
171 détenus périrent, les autres furent expédiés en Nouvelle-Calédonie ou en Algérie.
Pour Brest, la page fut tournée en 1872 : les pontons restèrent un système d’exception lié à une situation politique particulière.
Sources : Brest la Rouge de GM Thomas (éd. de la Cité) et Chroniques d’histoire maçonnique N°31 d’André Combes.
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